DREAD Blog

Retour au BLOG

Visite street art du cimetière jamaïcain de May Pen!

(English version below)

 

 

   Á Kingston, en Jamaïque, la street culture déborde de créativité et a trouvé un nouveau terrain d’expression, les sépultures ! Visite guidée du cimetière de May Pen, en compagnie de son fossoyeur.

 

 

   Depuis une dizaine d’années, William est fossoyeur au cimetière de May Pen, à Kingston. Il loge dans une petite maison de fonction, à l’entrée des lieux. Engoncé dans une chemise tâchée, il semble avoir déjà descendu quelques verres de rhum lorsque nous l’abordons ce soir-là. Enfilant péniblement ses godillots, il accepte de nous emmener voir quelques tombes. Ensuite, on pourrait boire une bière ? propose-t-on. Il souffle lourdement en se levant : « Bah ça, les gars, ça sera pas de refus... » Couvrant une centaine d’hectares à l’ouest de la capitale et remontant au 16e siècle, May Pen est l’un des plus vastes et des plus anciens cimetières des Caraïbes. Il n’attire guère les curieux, cependant. Il faut dire qu’il se trouve à la croisée de plusieurs ghettos parmi les plus dangereux au monde. « De l’autre côté de Spanish Town Road, explique Williams en désignant l’avenue qui court le long des grilles défoncées, tu as Trench Town. Tu sais, le quartier de Bob Marley... » Oui, là où se situe l’action de sa chanson No Woman No Cry. « Plus loin, c’est Denham Town », ... où j’ai grandi avec Jim Brown, chantait le défunt Gregory Isaacs sur Kingston 14, faisant référence au parrain le plus terrifiant des années 80, Lloyd 'Jim Brown' Coke. Menaçant de dévoiler ses connexions politiques à la veille de son extradition aux USA, il a péri brûlé vif dans sa cellule en 1989. Le genre d’accident qui arrive, en Jamaïque. « Et puis, les immeubles que tu aperçois tout derrière, là-bas... C’est Tivoli Gardens. » Tivoli... L’antre du mal, un quartier pensé comme une machine de guerre par son père spirituel, le défunt politicien Edward Seaga. En 2010, l’armée a mis trois jours pour en déloger le parrain Lester 'Dudus' Coke - le fils de Jim Brown. L’assaut a fait soixante-treize morts. «Quand ces quartiers se font la guerre, ils passent par le cimetière à la nuit tombée pour s’attaquer. » Alors, William se calfeutre chez lui, sans ouvrir à quiconque, sous aucun prétexte, se faisant, seul dans le fond de son lit, un remake de The Walking Dead. Il les entend qui grouillent dans le cimetière, et se tirent dessus juste sous ses fenêtres. Il désigne la façade : « Tu vois, là... là, et là ? Ce sont des impacts de balles. » En effet, le mur en est criblé.

 

 

 

 

   Street culture

   Gangrénée par une économie en berne et une criminalité rampante (avec 250 gangs en activité et environ 1500 meurtres par an pour une population de 3 millions d’âmes, l’île figure parmi les pays les plus dangereux au monde), la Jamaïque est devenue un épicentre de la street culture, qui flirte très souvent avec la gang culture, comme en atteste le dance hall, reflet musical ténébreux du reggae. Chantre des guerres de gangs et des soirées déjantées où les danses suggestives confinent souvent à l’indécence, il est le stigmate d’une mentalité jusqu’au-boutiste qui s’exprime dans tous les domaines ; pour le meilleur et pour le pire. En Jamaïque, on est street wise jusqu’à la mort, et parfois au-delà. Lors des processions de badman (truands), des nanas en habits de deuil transparents, se trémoussent en talons hauts sur fond de dance hall déboîté. Des veuves joyeuses, tatouées et largement défoncées ; on boit, on fume de l’herbe, et l’on chante, et l’on danse jusqu’à la mise en bière. Parfois ça tourne au règlement de comptes comme le 20 janvier dernier, lors des obsèques d’un parrain de la côte nord. Le cercueil en terre, la street culture reste souveraine. Car il est désormais courant de faire ériger des monuments en plâtre sur les sépultures. Des maisons, des motos, des bancs, des avions... La Jamaïque ? La vie à pleines dents, même après la mort.

                   

 

"La Jamaïque ? La vie à pleines dents,

même après la mort."

 

 

   Par ici, la mauvaise herbe pousse vite

   William se déplace accompagné d’une petite chienne, elle-même suivie de deux chiots maladroits. Leurs petites pattes pataudes s’enfoncent dans l’épaisse couche de plantes vivaces qui recouvrent le sol et une partie des sépultures. Les chiots y disparaissant parfois jusqu’au cou, il faut leur soulever les fesses avec le pied pour les aider à avancer. « On va pas tarder à tout couper, nous rassure William, mais par ici, la mauvaise herbe pousse vite. » En cette fin d’après-midi, avec cette lumière tropicale agonisante, l’endroit ne manque pas de charme. Les plantes parasites d’un fuchsia explosif forment un tapis chatoyant et offrent à l’œil un tableau bucolique. Cependant, les cimetières de Kingston ne sont pas des lieux très fréquentables. La plupart abritent des sans-abris ou des accros au crack qui, vivant entre les tombes, guettent le moindre intrus. Mais May Pen semble calme. En son sein reposent nombre de gangsters tombés dans les ruelles adjacentes, mais aussi des citoyens respectables, dont le regretté chanteur Prince Buster (1938-2016) ou le joueur de cricket O’neil 'Collie' Smith (1933-1959), fierté nationale qui a donné son nom à l’artère mythique qui remonte le long de Trench Town. La tombe de ce dernier se trouve au pied d’un immense Blue Mahoe, l’arbre national, entouré d’une petite grille au charme suranné. Dans la douceur du soir, avec la brise iodée qui souffle depuis la mer et les Blue Mountains en toile de fond, on se croirait dans un roman anglais. « Tiens, voici la moto ! lâche William en approchant d’une sépulture. » C’est celle que nous avons aperçue depuis la route ; et qui nous a poussés à nous arrêter.

 La tombe de Collie Smith.

 

    La sculpture plutôt grossière, faite de simple plâtre, repose sur un épais socle vert-jaune-rouge. Les détails ne sont pas sculptés mais peints. L’effet s’avère cependant assez saisissant. Le défunt amateur de grosses cylindrées s’appelait Jerome Cooke, décédé à l’âge de 24 ans. Juste en face, comme alignée au départ d’une course, se trouve une autre incongruité : un truck blanc, en plâtre lui aussi ; massif et peint aux couleurs de la National Water Commission : l’eau, c’est la vie ! Le peintre a même reproduit la plaque d’immatriculation. Peu de doute sur le métier du regretté Rollin Francis, mort à 36 ans. Á en croire le terrain de football peint au pied de la sépulture, il soutenait aussi l’équipe locale d’Arnett Garden. « Et là, souffle William, ce sont les maisons. » Etonnants monuments, bariolés de couleurs vives, qui représentent de spacieuses villas aux toits en pointe. Celle de Winston Dunkley, d’un jaune pâle, jouit d’un patio et de rideaux bleus. Mort à 58 ans, Winston était rasta, à en croire l’inscription au fronton de sa « demeure éternelle » : Repose en paix, Rasta. Cette maison, perron compris, a été réalisée par un certain B. Salmon, qui a laissé son numéro de téléphone sur le toit ; au cas où... Les maisons sont prépondérantes dans cette nouvelle mode, certaines offrant une « vue imprenable » sur le cimetière, d’autres se parant des attributs favoris de leur actuel occupant.

 

 

 

                

   S’enfonçant dans les plantes jusqu’à manquer de passer au travers une tombe moisie, William nous entraîne vers l’extrémité du cimetière, aux portes de Tivoli Gardens. Il désigne l’étrange bateau bleu-blanc-rouge qui trône sur une tombe : Oshan PK , lit-on sur la coque (Oshan, transcription phonétique patois de ocean, océan). Et « repose en paix », sur le tableau de bord, naïvement paré de deux petits cadrans. Les vagues, figurées par des lignes blanchâtres, éclaboussent jusqu’à la proue. « Je vais vous montrer l’avion, poursuit William. » Il nous faudra de longues minutes pour atteindre cet étonnant monument de la street culture. Un avion, en effet, aux allures de gros gâteau américain, posé sur le ventre d’un décédé dont William ne sait rien. « Il devait aimer les voyages, dit-il. » Sans doute; ou alors il travaillait pour Air Jamaica, puisque le symbole de la compagnie aérienne nationale, un colibri, apparaît sur la carlingue. Mais il est plus probable qu’il s’agisse là d’un « signe extérieur de richesse » comme en raffolent les badman. Prendre l’avion, c’est aller à l’étranger pour « réussir » (souvent dans le trafic de drogue) et atteindre le rang convoité de Don, ou parrain. D’ailleurs, il s’agit du seul mot inscrit sur cette tombe, à l’arrière de l’appareil : DON. « Ici, on est proche de Tivoli, alors il y a plein de tombes de badman, souligne William.» Dont celle de Jim Brown, le parrain qui a fini brûlé vif dans sa cellule. Son mausolée blanc, carré et grillagé, s’avère bien sage ; lui qui paradait toujours en costards en soie, avec ses chaînes en or, est plus sobre dans la mort.

 

 La tombe de Prince Buster

 

 

 La tombe, cache d'armes à feu.

 

 

 Le canapé

 

   « Tu vois cette tombe à demi-dégagée, à l’arrière défoncé ? demande William. » Oui, a-t-elle été profanée ? « Par la police, oui. Ils cherchaient des armes à l’intérieur. » A Kingston, le royaume des morts participe encore de celui des vivants. William tient à nous montrer une dernière curiosité, celle qu'il appelle « le canapé ». Il se trouve à l’opposé du cimetière, perdu sous les plantes lui aussi, que notre fossoyeur écarte sous l’œil inquisiteur des petits chiens épuisés. Il s’agit en effet d’un canapé de forme assez grossière, blanc et en plâtre. Pourquoi un canapé ? William hausse une épaule : « Bah, le type a enterré sa mère ici. Alors  comme ça, il peut venir s’assoir et lui parler. » D’accord... « Asseyez-vous, allez ! Parlez lui ; ou reposez-vous un instant... » Non, merci, sans façon. Parler à une morte inconnue, sans façon. Quant à se « reposer » dans un cimetière, en Jamaïque ou ailleurs, rien ne presse...

 

 

 

   Lorsque le crépuscule s’abat sur le cimetière de May Pen, nous l’abandonnons à ses fantômes, nous retournant une dernière fois sur l’arche qui surplombe l’entrée principale. En contre-jour, les vielles lettres de métal se détachent sur le ciel flamboyant, May Pen Cemetery. Il me semble deviner, derrière ces quelques lettres menaçantes, une promesse glaçante. William, quant à lui, sirote sa bière avec ses petits chiens lovés à ses pieds. Il nous adresse un dernier salut et le soleil s’éteint dans le lointain.

 

 

 

 

MAY PEN CEMETERY,

The Shadows of Street Culture

 

In Kingston, Jamaica, the street culture has found a new field of expression, the graves! Let’s go on a guided tour with the gravedigger of the May Pen cemetery.

 

Williams has been working as a gravedigger at May Pen for the past ten years. He lives in a small accommodation house at the gate of the cemetery, near Spanish Town Road. Dressed in too tight a dirty shirt, he’s already had a few drinks when we approach him that day. Putting on his big shoes while breathing heavily, he accepts to take us for a guided tour of his kingdom. And then, we could have a beer, I suggest. William stands up and sighs: “Well, I wouldn’t mind...” May Pen opened five hundred years ago, and it covers 200 acres of land in West Kingston—this is one of the largest and oldest cemeteries in the West Indies. Yet, it doesn’t attract many tourists. It is, it must be said, located at the cross road of several ghettoes that stand among the most dangerous ones in the world. “Across Spanish Town Road is Trench Town, you know, Bob Marley’s place...” Spanish Town Road is an important avenue at the bottom of Kingston. An old and rotten gate separates the cemetery from the avenue, and we can indeed see the first streets of Trench Town from here—that’s where the action of the song No Woman No Cry is located, and where Bob Marley wrote it. “Further up is Denham Town,” William goes on—where I grew with Jim Brown, as the late Gregory Isaacs sings on Kingston 14, an ode to his childhood community that was ruled by the dreadful Don (or godfather) Lester ‘Jim Brown’ Coke in the 1980s. Arrested in 1989 on orders of the DEA, and about to be extradited to the US, he threatened to reveal his political connections. A few hours later, he was burnt alive in his cell—a typical Jamaican accident. “And the buildings you see over there, this is Tivoli Gardens...” William says. Tivoli Gardens, or TG, is, or was, the hen of evil. It was built as a war machine by the late politician Edward Seaga in the late 1960s. It soon became the centre of criminality in the island. In 2010, it took the army three days to enter it, as they were looking for the Don Lester ‘Dudus’ Coke—Jim Brown’s son. The raid cost the lives of 73 people. “When these communities war with each other,” William tells, “they cross the cemetery at night-time.” William then locks himself up in his small house, blinding the windows and opening the door to no one, no matter what—all alone in his bed, listening to the gunshots and the groans of the wounded, he seems to be living in an episode of The Walking Dead. He can hear them, roaming the cemetery, shooting at each other, shouting... He points out the wall of his house: “You see it deh? And over deh? Bullet holes.” Indeed, the wall is riddled with them!

 

Street culture

Because of a sluggish economy and rampant criminality—with 250 gangs in activity and some 1,500 murders a year, Jamaica stands among the most dangerous countries in the world—, the island has become the epicentre of a strong and unapologetic street culture that can be heard in dance hall music, the dark counterpart to reggae. In the middle of gang warfare and popular parties where suggestive dances border on indecency, dance hall music is the result of an over-the-top mentality that affects the whole society, for better, or worst. In Jamaica, people are ‘street wise’ to the end, and sometimes beyond. During the burial ceremonies of ‘badmen’, some girls in transparent mourning gowns dance on high heels to the rhythm of the latest dance hall hit songs, right in the middle of the cemetery. These happy and tattooed widows are often high on drugs, and they thus celebrate more than the memory of a departed one, a lifestyle. The relatives of the deceased smoke weed, drink beers and dance until the body is committed to the grave. Then they leave the premises, playing dance hall out loud. Sometimes, the ceremony becomes the theatre of bloody reprisals, just like in January 2019, on the North Coast, when the burial of a local Don ended up with gunshots. Once the coffin buried, street culture still reigns through the plaster monuments erected on the graves: houses, motorbikes, planes... In Jamaica, life is ‘larger’ than death.

 

Around here, bad weed grows fast

William walks around the graves with a young female dog, itself followed by two clumsy puppies. Their little paws disappear in the thick layer of vegetation that covers the ground and a part of the graves. Sometimes, the puppies sink up to their heads, and we must lift them up with our feet to help them out. “We’ll soon cut it down,” William tells me. “But around here, bad weed grows fast.” This is the late afternoon and the dying tropical sun covers the place with a romantic light—actually, the place looks wonderful. The parasitic plants are of an exploding fuchsia and form a gleaming mat of vegetation that charms the eyes. But Kingston cemeteries are no places to visit. Most of them shelter homeless armies of crack heads, who live among the dead, jumping on everyone that comes in. The May Pen cemetery looks peaceful, though—probably because the iron gate that runs along Spanish Town Road is no obstacle to the public view, unlike the concrete walls of most other cemeteries. Here lie many gangsters who fell in the nearby streets, as well as respectable citizens like the legendary singer Prince Buster. There’s a golden crown on his dark grave, and the terrible words: Ah so it go (that’s life), written at the bottom. There’s also the cricket player O’neil ‘Collie’ Smith (1933-1959), a national pride who gave his name to the mythic avenue that runs along Trench Town. His grave is at the foot of a gigantic Blue Mahoe, the national tree, surrounded by an old and gorgeous iron gate. In the evening mildness, with the iodized breeze that blows from the sea and the Blue Mountains in the background, we feel like we are in an English novel. “Hey, here’s the bike!” William cuts in. This is the grave we saw while driving on Spanish Town Road.

 

 

The sculpture is rather coarse and made of plaster—it stands on a thick red, gold and green base. The details of the bike have not been carved but drawn directly on the plaster. The result is yet very striking! The name of our late amateur of heavy motorcycles was Jerome Cooke, and he died aged 24—probably not from natural causes, bikes are often associated with ‘badmen’. Right beside his grave, as if on a start line, stands another incongruous sculpture representing a white trunk, also made of plaster. It is a massive vehicle with the National Water Commission symbols painted on the doors, and the slogan: Water is life! The artists even reproduced the plate of the car that the dead probably used to drive for a living—his name was Rollin Francis, and he died at 36. According to the football field painted at the foot of the grave, he was also an ardent supporter of the local team of Arnett Garden. “And here are the houses,” William says. They are massive colourful villas, dropped on top of the graves—they probably represent the dream that the deceased never achieved. Winston Dunkley’s is of a pale yellow, and it features a patio and blue curtains. Dead at 58, Winston was a Rasta, if we are to believe the writing on the front door of his eternal dwelling place: Rest in peace, Rasta. His house with veranda was made by one B. Salmon, who left his phone number on the roof, just in case... The houses are the most frequent ornaments and they offer breath-taking views on the cemetery—on some of them, the favourite objects of the deceased are represented.

 

William goes deeper into the cemetery—at one point, his foot goes through a rotten grave—, and takes us to the doors of Tivoli Gardens. He points out a weird blue, white and red boat on a grave. The hull reads: Oshan PK—Oshan probably means “ocean”—, and “Rest In Peace” on the dashboard, beside two naive dials.  Some waves, figured with white lines, splash against the bow. “I’m gonna show you the plane, now,” William says. It takes us several minutes to reach this monument of the street culture. This is a plane, indeed—it looks like a big cake ‘à l’américaine’, dropped on the belly of some dead guy unknown to William. “I guess he loved travels,” he says. Maybe he was working for Air Jamaica, as a hummingbird, the symbol of the national company, was painted on the side. But this plane is more likely a sign of wealth, a typical badman’s symbol. To take the plane means going abroad to ‘make it in life’ (usually working for a gang, selling drugs) and to reach the coveted position of ‘Don’. As a matter of fact, this is the only word written on this plane, DON. “We’re close to Tivoli, so you have many badman graves around,” Williams underlines. That includes Jim Brown’s, the Don who was burnt alive in his cell in 1989. He was no ordinary ‘badman’, and the Tivolites still celebrate his name and memory. His grave is a white mausoleum, square and closed with an iron gate—very simple for a man who loved going around wearing expensive silky suits and gold chains.

 

“You see this grave, half cleared and all broken at the back?” Yes, was it violated? “By the police, yeah. They were looking for guns inside.” Cemeteries are no dead places in Kingston—the living use them in many ways, including to hide weapons or drugs. William wants to show us a last curiosity that he calls “the couch”. It is located at the other side of the cemetery, under a thick mat of vegetation—the gravedigger clears it out while the exhausted puppies observe him. He discovers another sculpture—a couch, indeed. How come? William shrugs: “The guy buried his mother here. So now he can come, sit down and talk to her.” All right... “Go ahead, sit down! Talk to her or rest for a while, if you want.” No, thank you. I don’t care talking to an unknown dead person, and as far as “resting” in a cemetery is concerned, well... there’s no hurry.

 

As dusk falls on May Pen, we leave it the ghosts, looking back a last time on the iron arch of the main gate. With the backlight of the darkening sky, the old metal letters stand out on a bright background, reading: May Pen Cemetery—land the inscription seems to make us a scary promise. In front of his house, drinking a beer with his puppies running around, William waves us goodbye. And the sun dies on the horizon.

 

 

Please reload

Featured Posts

Visite street art du cimetière jamaïcain de May Pen!

November 6, 2019

1/7
Please reload

Recent Posts

November 18, 2019

Please reload

0