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Portraits : Jamaican Street Art-ists...

September 24, 2018

 

Dans le cadre de la sortie du livre JAMAICAN STREET ART (DREAD Editions), nous publions une série de portraits des artistes présentés dans notre nouvel ouvrage. Abonnez-vous à notre "newsletter" pour ne pas les manquer ! English version below.

 

1. Errol « Gideon » Reid,

Paint Jah Victory.

 

 

 

Le producteur Vivian « Yabby You » Jackson dont nous dressons un portrait dans Les Hommes illustres de Jamaïque (DREAD Editions), était formel, l’auteur du sublime 45 Tours Chant Jah Victory sorti sur son label en 1974, était mort. Un certain Errol Alphanso, d’après le macaron. Un gunman, qui s’est fait descendre peu après, lâchait le légendaire producteur décédé depuis. L’histoire était belle. Ce morceau, roots à souhait, superbement chanté et célébrant la venue prochaine de Jah assurait : Tous les méchants devront fuir alors, nous nous réjouirons et chanterons l’avènement de Jah. Dans la bouche d’un type armé qui a fini assassiné au cœur des guerres politiciennes des années 70, ces paroles prenaient une dimension troublante. Oui mais voilà... Yabby You se trompait. Ou confondait. Ou ne voulait pas se rappeler ? Une chose est sûre, il a repressé ce 45 Tours jusqu’au début des années 2000. En 2018, alors que nous travaillons sur le street art en Jamaïque, nous croisons un artiste au vague passé de chanteur. Son nom ? Errol « Gideon » Reid. Oui, j’ai bossé avec Yabby You, à l’époque. Mais on a rien enregistré, au bout du compte... Ha, bon ? Dommage. Oui, je chantais sous le nom d’Errol Alphanso, à ce moment-là... Soudain, le temps se fige. Pardon ?

 

 

Miracle de la technologie moderne, on retrouve rapidement Chant Jah Victory sur un portable, et on la passe à Errol Reid. Il vit aujourd’hui non loin d’Orange Street, dans une magnifique demeure coloniale au charme suranné. Porche avec tomettes fissurées, plancher d’époque usés, fenêtres à guillotine et plafonds en « cathédrale » typiques des Antilles anglaises... Le charme irrésistible d’une vieille dame qui a conservé quelque éclat de sa beauté de jeunesse avec ses rideaux transparents qui flottent au vent, une lumière diffuse qui passe entre les persiennes en bois. La chanson démarre et le visage d’Errol « Gideon » Reid change soudain : Mais... C’est moi ! Bon sang, je n’avais jamais entendu cette chanson de ma vie. Voilà donc ce Errol Alphanso, prétendu gunman assassiné 40 ans plus tôt. Il s’agit d’un sage grand-père qui s’occupe de sa petite-fille le week-end, et dont le visage a, lui aussi, conservé une beauté grave au fil des ans.

 

 

 

Si nous sommes venus le trouver chez lui, ce n’était donc pas pour cette collaboration avec Yabby You, mais pour les fresques qu’il a réalisées sur Orange Street, en face de la boutique Rockers ; dont un superbe portrait de Dennis Brown. Plus bas, il a aussi entièrement peint la façade du Small World studio de l’ingénieur Bravo. Ses portraits de U Roy, Big Youth ou Gregory Isaacs et Dennis Brown sont superbes mais il n’a que cela a nous montrer. D’autres fresques ? Non. La scène du street art actuel ? Il n’en connait rien.

 

 

 

Pendant des décennies, Errol Reid a travaillé de son pinceau dans la boutique de son beau-père, juste en face du studio Small World, justement. Il peignait notamment les légendaires affiches du Carib Theater. En revanche, il chante encore. Et devrait, suite à notre rencontre, refaire une version de Chant Jah Victory. En Jamaïque, même en travaillant sur le street art, on obtient des scoops reggae !

 

T. Ehrengardt (c) DREAD Editions.

 

Errol « Gideon » Reid est sur Facebook. Saluez-le à l’adresse suivante : https://www.facebook.com/errol.reid.10

Retrouvez toute son histoire et ses peintures ici :

 

 

 

Version (English)

 

Vivian « Yabby You » Jackson was positive; the author of the song Chant Jah Victory that came out on his label in 1974 was dead. According to the record itself, his name was Errol Alphanso. « He was a gunman, and him got shot shortly after the recording session, » Yabby You told me. The story was a nice one; a roots tune, perfectly sung over a dark Yabby You riddim and celebrating the coming of Jah : Jah Jah will be coming one day, the wicked will be running away, than all the righteous will be free, we will chant Jah victory, by a guy who got caught in the tribal wars during the 70s. What a song! Yes, but—Yabby You was wrong; or he didn’t recall properly; or he didn’t want to. One thing is for sure, he pressed this record until the early 2000s.

 

2018, as we are working on the street art in Jamaica, we meet a painter who tried to become a singer some 40 years ago. His name? Errol « Gideon » Reid. « Yeah, I worked with Yabby You for a while. But me never record for him at the end of the day. » Really? Too bad. « Yeah, I was using another name, though—Errol Alphanso. » Suddenly, time freezes. Beg you pardon? 

 

Thanks to modern technology, we rapidly find Chant Jah Victory on a cellular phone, and play it to Errol Reid, in his yard. He lives nearby Orange Street today, in a gorgeous colonial house full of old-fashioned charm: a veranda with fissured terracotta, sliding windows and « cathedral » ceilings typical of West-Indies constructions. With the translucent curtains floating in the tropical breeze, its diffused light shining through the wooden shutters, this house has something of an old lady, whose past beauty has left some wonderful traces on her tired face. The song stars, and Errol’s face brightens : « Hey—it’s me! That’s my song. Lord, I had never heard it before. » Here is Errol Alphanso, then—the so-called gunman allegedly shot to death on the political battlefield 40 years ago. He is a quiet grand-father today, who takes care of his grand-daughter during the week-end; his face is also of a solemn beauty.

 

We didn’t come to Errol to talk about Yabby You, obsviously—but about the wonderful painting of Dennis Brown he did on Orange Street, in front of the Rockers shop. Down the road, he also decorated the facade of Bravo’s Small World studio, including terrific portraits of Big Youth, U Roy, Dennis Brown and Gregory Isaacs. Unfortunately, they are already quite old—Bravo told us he was considering having them removed—, and Errol has nothing new to show us. He doesn’t know what’s going on in the « street art » community either—for decades, he kept far from it, focusing on his 9 to 5 job. He was painting signs, including the legendary posters of the Carib Theater. He still sings from time to time, and our meeting motivated him to record a brand new version of Chant Jah Victory. In Jamaica, even when working on street art, you end up getting reggae scoops!

 

(c) DREAD

 

 

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