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Des diables et des hommes...

January 24, 2018

Robert Montague (Gleaner/dr)

 

Ce mardi 23 janvier, le Gleaner publie une bien curieuse « news » intitulée, « La police a mis à jour des autels destinés à louer le diable », déclare Montague. Cette citation est officielle, elle émane de l’actuel Ministre de la Sécurité (ou de l’intérieur), Robert Montague. En pleine opération « coup de poing » contre les gangs de la côte nord, elle éveille bien des interrogations.

 

 Dessin paru le 8 janvier dans le Gleaner, décrivant la "loi du silence" qui règne en Jamaïque. (dr)

 

Ainsi les gunmen « loueraient le diable »—diable ! Il est vrai qu’à louvoyer dans les eaux marécageuses du crime, on préfère sans doute la compagnie des démons à celle des anges. D’ailleurs, on sait que beaucoup de gangsters font appel à « l’obeah » (vaudou) pour se protéger de leurs ennemis.  Dernièrement, la police a rendu public « les nouveaux visages du crime » en Jamaïque : une vingtaine de « mugshots », ou portraits de personnes recherchées. Parmi elle, un certain Jeff Elliot (voir photo) qui porte autour du cou un petit sachet typique de ceux vendus par les « obeahmen » (maîtres vaudous). Remplis de poudres ou de petits objets, ils sont censés assurer l’invincibilité à leurs possesseurs. On sait que Tacky, le meneur de la révolte d’esclaves en 1760, en portait lui-même ; et qu’ils ont grandement contribué à sa légende d’invulnérabilité, motivant ses troupes.

 

Le vaudou, en Jamaïque, est redouté. On le dit très puissant dans la paroisse de St Thomas, dans l’est, ainsi que sur la côte nord ; là où la police conduit justement des opérations de grande envergure en ce moment-même. Au sujet de ces « autels démoniaques », Robert Montague déclare : « Ils jouent avec des forces dont ils ignorent tout et ouvrent des portes qu’ils sont incapables de refermer. » Pendant ce temps, l’Eglise s’inquiète, et le public tremble. Tout le monde croit donc, gunmen, politiciens et religieux, que le diable va réellement répondre à l’appel des gunmen et en profiter pour s’inviter en Jamaïque (comme s’il n’y avait pas élu résidence depuis bien longtemps). Il y a quelques années, le très sérieux Ministre de la Sécurité Peter Bunting (du parti de l’opposition, le PNP), dépassé par une situation qu’il assurait auparavant pouvoir contrôler, jetait la serviette publiquement et exhortait les Jamaïcains à... prier pour mettre un terme aux « déferlements de péchés » qui inondaient l’île. Dieu n’a pas entendu, apparemment. Le diable aurait-il une meilleure ouïe ? En fait, ces déclarations de Montague et Bunting ne sont peut-être pas si innocentes que cela.

 

Le discours du Ministre Montague laisse songeur. On ne doute pas que ces autels existent. Néanmoins, leur instrumentalisation s’inscrit dans la campagne de « diabolisation » du crime en Jamaïque ; comme s’il était le fruit de forces occultes et non la résultante d’une situation socio-économique. S’agit-il d’une tactique de communication plus globale ? En fait, cela fait quelques années que le gouvernement tente de retourner l’opinion publique. Sans son soutien, point de salut. Or, embourbés dans une « gang culture » aux codes moraux douteux, et craignant les représailles,  les témoins ne parlent jamais à la police. Ce qui rend son travail très difficile. Du coup, on assimilant les criminels non plus à des types coriaces qui se battent contre un système injuste mais à des démons louant Satan, on en appelle à la conscience chrétienne des administrés jamaïcains. Il ne s’agit plus ici de combattre les gangs, mais bien le diable et ses hordes démoniaques. Les voies du politicien seraient-elles moins impénétrables que celles du Seigneur ?

 

T. Ehrengardt

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