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Les "chants de Josué " : Better Must Come (1971).

December 2, 2017

Lors de la campagne de 1971, plusieurs artistes enregistrent des morceaux pour soutenir la candidature de Michael Manley, leader du People’s National Party (PNP). Dans ces titres, le politicien est appelé par son surnom, « Joshua » ou Josué en français. Les « chants de Josué » regroupent les titres enregistrés à sa gloire, ou directement liés à la politique locale au cours des années 70. 

 

Better Must Come, de Delroy Wilson (Jackpot 1971).

 

 

Ce titre, officiellement utilisé par le PNP lors de la campagne de 1971, figure parmi les plus importants dans l’ascension de Michael « Joshua » Manley. D’après son auteur, Delroy Wilson, il fut enregistré et sorti sans arrière-pensée avant d’être récupéré par le parti. Il s’agit de la complainte d’un « sufferer » (d’un pauvre) qui, face au désespoir, tente de se convaincre que « le meilleur reste à venir. » Le PNP fait sien ce refrain, assurant à ses futurs électeurs que le « meilleur » dépend de la victoire de son candidat. Il concrétise le désir de changement des « sufferers », l’une des cibles prioritaires du PNP qui, pour ces élections, se réinvente en parti des « démunis » (il représentait jusqu’alors la middle-class plutôt aisée en Jamaïque) pour mieux fustiger l’attitude « colonialiste » du parti adverse, le Jamaican Labour Party (JLP) qui, devant la poussée du mouvement « black power » (auquel le mouvement Rasta se rattache alors), a tenté de s’accrocher à un modèle de société conservateur, presque colonial.

 

Better Must Come est une production de Bunny Lee (très actif dans la production de « chants de Josué »). Les paroles font :

 

Cela fait si longtemps que j’essaie de toutes mes forces, mais sans parvenir à rien

Tout ce que j’entreprends semble aller de travers

On dirait que j’ai fait quelque chose de mal, ils m’empêchent de m’élever

Mais l’homme béni de Dieu ne craint pas la malédiction de son prochain

Les lendemains meilleurs arrivent.

 

Le défunt artiste confiait à Reggae Quarterly Vol.1 - N°2 : « Je n’ai pas enregistré cette chanson pour le PNP. C'était déjà un tube quand ils se sont mis à l’utiliser. Ils se la sont juste appropriée ; pour gagner ! Je m’en moquais, tout ce qui m’intéressait c’était gagner plus d’argent quand le disque vendait. » Sommé de s’expliquer sur son utilisation de chansons « séditieuses » appelant à la « violence insurrectionnelle » pour sa campagne, Michael Manley explique au sujet de ce titre : « Lorsqu’un homme chante Better Must Come, il ne parle pas de sédition, ni de violence, il ne fait qu’exprimer sa souffrance et son désir de changement. »

 

 

 

 

Devenu un classique de l’épopée PNP, ce titre a donné naissance à quelques autres « chants de Josué » comme le complaisant It Must Come de Dennis Alcapone, ou du plus critique When Will Better Come ? de Junior Byles.

 

 

Delroy Wilson, frère de Trevor « Johnny Too Bad » Wilson, assassiné à la veille des élections de 1972, expliquait à Reggae Quarterly : « J’ai même rencontré Manley plusieurs fois. Il a promis des tas de choses pour nous autres les artistes ; mais au final, il n’a jamais rien fait. »

 

Pour en savoir plus : Reggae & politique dans les années 70

T. Ehrengardt (DREAD Editions)

 

 

 

 

 

 

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