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Une "dub plate" de Jahlovemuzik... mortelle !

August 29, 2016

 

 

La mise en vente, il y a quelques mois, d’une bordée de dub plates estampillées Jahlovemuzik, a enflammé le site d’enchères eBay.com. Et pour cause ! Ces extraordinaires disques pressés en exemplaire unique étaient la propriété exclusive du légendaire sound system des 12 Tribes, dirigé par le selector Albert Malawi pour le compte de l’organisation. Il était le seul à disposer de “dub plates” de Bob Marley, lui-même membre des 12 Tribes. Nous avons récemment croisé la route de l’une de ces pépites et avons eu l’opportunité d’y jeter une oreille. Le contenu s’est révélé à la hauteur du support.

 

L’objet lui-même s’avère hypnotique. Lourd, brut ; affublé d’une étiquette vert-jaune-rouge avec l’inscription légendaire, Jahlovemuzik. Bienvenue au cœur de l’histoire, sur la platine même du selector Albert Malawi, le temps de morceaux au mix exclusif. Une pépite musicale, une machine à remonter le temps et le son. « Certains morceaux passent en 45 Tours, d’autres en 33, s’émerveille le collectionneur chevronné chez qui nous sommes tombés sur ce petit trésor. Je n’avais jamais vu ça ! » On s’amuse donc à changer le mode, tombant dès le départ sur deux plages sonores hallucinantes. Là, soudain, sur fond de ska, une voix posée vante soudain les mérites du magasin de disques Randy’s, situé au 17th North Parade, à Kingston. Là où se vendent les meilleurs disques. Non, vous ne rêvez pas... il s’agit d’une publicité pour Randy’s ! Elle passait probablement à intervalles réguliers lors des soirées des 12 Tribes. Voici de l’exceptionnel, presque de l’ethnologie musicale. S’ensuit un « cut » fracassant de l’adaptation du classique américain Delilah par un Horace Andy suffocant. Puis un dub magnifique – attention ! il faut repasser en 33 Tours ! – au mix exclusif. Le son est lourd, teigneux, on sent presque des odeurs tropicales, les vapeurs sucrées de la ganja locale. Et la poudre des armes à feu. Toute la Jamaïque sur deux faces uniques qui nous transportent au creux du mythe. Il s’est vendu un nombre important de ces dub plates lors de cette vente eBay, dont nous nous faisions l’écho à l’époque. Malawi serait monté au créneau, indigné, affirmant que « quelqu’un pillait l’héritage de Jahlovemuzik ». En attendant, tenir cette « dub plate » entre les mains, et l’écouter, s’avère une expérience extraordinaire.

 

Dub plate : aujourd’hui, une « dub plate » est un morceau dont on change les paroles et le « riddim » (rythmique) pour en faire un hommage à un sound system particulier. Mais dans les années 70, il s’agissait simplement d’exemplaires uniques (ou pressés en petite quantité) à l’intention des sound systems. Ils s’assuraient ainsi une certaine exclusivité sur les tubes à venir tout en faisant de la promotion aux titres en question. Des morceaux comme Marcus Garvey de Burning Spear, par exemple, enflamma les sound systems pendant des mois avant de sortir dans le commerce. Ainsi, les sound systems de province achetaient des « dub plates » aux producteurs de Kingston à des sommes parfois folles. On sait que King Tubby gagnait beaucoup d’argent ainsi. Souvent, les mix variaient, à défaut des paroles. Et les « dub plates » devenaient uniques. On a commencé à changé les paroles (par exemple, « I Love You Jah » devenait « I Love You King Tubby’s ») et les « riddims » que dans les années 80. Inventions purement jamaïcaines, les dub plates représentent aujourd’hui un marché parallèle conséquent qui permet à nombre d’artistes de survivre.  « Les dub plates sont dangereuses, ricanait le défunt deejay Jah Bull. Peu de gens le savent mais elles peuvent te trancher la tête ! » C’est exactement ce qu’a fait celle de Jahlovemuzik ! Elle nous a... tranché la tête.

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