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Chronique : The Tarab Showcase (Soul of Anbessa Rcds).

April 3, 2016

 

 

 

 

 

Le producteur suisse de Soul Anbessa Records, Marc Ismail, est bien connu des amateurs de reggae, notamment de ceux qui fréquentent les réseaux sociaux. Depuis quelques années déjà, cet amoureux du reggae hante la Jamaïque, animé d’une fièvre incurable.  Car Marc court après une ombre, l’esprit du roots. Ce faisant, il prend notamment des photos ; en particulier de lieux emblématiques d’une époque morte. Des clichés qui, à l’image de celui de la pochette de ce disque, dressent l’oraison funèbre d’un empire déchu, celui du reggae. Il y a de vieilles chaises rouillées posées comme une intrigue au centre d’un ancien lieu de concert qui tombe en ruines. Elles fixent des murs lézardés, encore emprunts, pour qui tendra furieusement l’oreille, de quelque écho d’un âge d’or qui a pris la rouille. On imagine notre producteur assis là, attendant « Ras Godot ». Cette quête à travers les âges a quelque chose de touchant, tant elle relève d’un devoir de mémoire ; mais Marc ne se complait pas dans la nostalgie et s’attèle à la tâche, celle de ranimer un mode musical assoupi. Il produit donc des disques depuis quelques années (celui-ci est la quinzième référence de son label), à l’ancienne, forcément. Et là où d’aucuns s’immergent dans l’urgence locale au son d’un dance hall débraillé qui hurle le mal-être de toute une jeunesse, Marc Ismail traîne dans la caniculaire Kingston, entouré... de vieux ; grisonnants, habillés à l’ancienne, certes, mais surtout derniers détenteurs de la “mystique naturelle” d’un reggae sombre et puissant qui véhicule sans concessions les aspirations spirituelles, sociales et politiques d’un peuple. Celui qui fit un temps danser le monde.  Parmi les musiciens, dument et fièrement crédités pour ce Tarab riddim, on trouve donc Boris Gardiner (basse), Dwight Pickney (guitare) ou encore Derrick Stewart (batterie). Certes, on ne peut être et avoir été ; il manquera toujours à ce reggae-là quelque ingrédient qui jamais ne se retrouvera. Néanmoins, l’authenticité de la démarche et le réel plaisir que semble prendre le producteur de ces titres (qui se définit ainsi en « véritable » producteur, avec une vision artistique – il joue d’ailleurs de la guitare et assure des backing vocals sur les chansons), pallient en partie ce manque et font de ce son l’un des plus proches de ce qui se faisait dans les années 70... ceci jusqu’aux choeurs disséminés avec parcimonie sur The Meadow du complice originel de Soul of Anbessa, Prince Alla. Au détour d’effets « dub » discrets mais primordiaux, on découvre donc un son dense et organique, construit avec plus qu’un sens, une direction. Il est évident que la démarche de Marc Ismail s’avère impérieuse. Elle ne saurait, dès lors, rimer avec médiocrité. Et si l’on ne retrouve pas tout à fait la fièvre moite d’un Stone ou d’un Tribal War (Little Roy signe aussi un titre, Misleading), le sérieux de ce disque n’est pas à mettre en question.

 

Où se le procurer : www.soulofanbessa.com

 

Pré-écoute vidéo :

 

 

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